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Beaux-Arts

L’art proprement russe ne commence qu’à la fin du Xe siècle, après la conversion de Vladimir et de son pays au christianisme. Antérieurement, on trouve, dans la région de la mer Noire, un art gréco-scythe (poteries, pièces d’orfèvrerie) ; chez les peuples nomades, de beaux objets de en or et en bronze ; dans les steppes, des effigies féminines en pierre.

Moscou· Architecture. Kiev et Ukraine conservent les monuments les plus anciens, apparentés à l’art byzantin : cathédrale Sainte-Sophie (1017-1037), monastère des Catacombes, Saint-Michel, Saint-Cyrille.  Ce développement fut arrêté par les invasions tatares, vers 1240. Dans la région de Novgorod, l’architecture, plus modeste quant aux proportions, se dégage de l’influence byzantine : Sainte-Sophie (1045-1052), Saint-Nicolas-le-Thaumaturge. L’innovation principale est la forme pyramidale, due sans doute à l’imitation des édifices en bois et au souci de résister en hiver au poids des neiges. A Vladimir et dans la Souzdalie, les églises sont en pierre et décorées de sculptures (proscrites dans l’art byzantin) : cathédrale de la Dormition (1158) et Saint-Dimitri (1193) à Vladimir.

Moscou devenant, après la prise de Constantinople, la métropole de la chrétienté orthodoxe, voit un grand développement de l’architecture. Le Kremlin du XVe-XVIe siècle est l’œuvre d’architectes italiens : cathédrales de la Dormition (1479), de l’Annonciation (1484-1489), de l’Archange-Michel Sainte Sophie (1505-1509) ; palais à facettes (1487-1491), clocher d’Ivan-le-Grand. L’enceinte fortifiée est inspirée du Castello Sforzesco de Milan. Les églises à pyramides se substituent aux églises à coupoles : églises de Kolomenskoïe (1532), de Diakovo, surtout de Basile-le-Bienheureux (1555-1560) , sur la place Rouge, œuvre des architectes russes Barma et Postnik. Au XVIIe siècle, les réalisations architecturales importantes sont localisées à Moscou, Iaroslav’l et Rostov, et combinent la tradition nationale aux apports occidentaux (Kremlin de Rostov, 1660-1683). La fondation de Saint-Pétersbourg par Pierre le Grand marque un tournant décisif. Le français Alexandre Leblond dessine le plan de la ville et le palais de Peterhof, inspirés de Versailles. La forteresse Pierre-et-Paul, les Douze Collèges, le couvent Saint-Alexandre-Nevski sont l’œuvre de l’italien Trezzini. Un autre italien, B.F. Rastrelli, est le grand représentant du baroque russe : palais d’Hiver (1754-1762), palais Stroganov et couvent Smolnyï (ainsi que le palais de Tsarskoïe-Selo). Catherine II charge en 1759 le français Vallin de la Mothe de construire le palais de l’Académie des beaux-arts, puis le petit Ermitage, pour y abriter ses collections. A côté des italiens Rinaldi (le palais de marbre) et Quarenghi (palais anglais de Peterhof et théâtre de l’Ermitage), on retient le nom de deux architectes russes : Starov (1745-1808), auteur du palais de Tauride, et Bajenov (1737-1799). Tous ces monuments sont de style baroque occidental.

Saint PétersbourgLe style qui suit relève du néo-classicisme d’influence française. Les œuvres capitales d’alors sont la cathédrale Notre-Dame-de-Kazan’ par Voronikhine, et le palais de l’amirauté par Zakharov. Les architectes français continuent de venir à Saint-Pétersbourg : Thomas de Thomon, qui y construit la Bourse, et Ricard de Montferrand, auteur de la colossale cathédrale Saint-Isaak. L’urbaniste Carlo Rossi dote la ville d’ensembles architecturaux sans équivalent en Europe à cette époque (palais Michel, palais du Synode et du Sénat). Le bavarois Von Klenze construit le musée de l’Ermitage (1852).

Après la révolution en 1917, l’urbanisme, ailleurs sacrifié à la construction d’immeubles de rapport ou de maisons individuelles, connaissent en U.R.S.S. un incontestable essor.

A partir de 1933, l’enseignement de l’architecture et complètement réorganisé. Il est devenu plus scientifique et s’est trouvé séparé de l’enseignement des écoles des beaux-arts. Les architectes-ingénieurs soviétiques mettent au point des procédés de construction rationalisés et tracent de larges perspectives dans les villes nouvelles. Les réalisations les plus marquantes ont été, à Moscou, le mausolée de Lénine, le ministère de l’intérieur et l’hôtel Moskva par Alexeï Chtchoussev (1873-1949), la bibliothèque Lénine par Vladimir Chtchouko (1878-1939), l’immense université Lomonossov conçue par Lev Roudnev (1885-1956). En plein centre du Kremlin a été édifié le palais des congrès (achevé en 1961) sous la direction de mikhaïl Posokhine ; après l’académisme stalinien, cet édifice a réaffirmé un modernisme proche des conceptions occidentales.

SOUZDAL· Sculpture. L’église orthodoxe interdisant, comme suspecte d’idolâtrie, la représentation de la figure humaine, La Russie ne connut la sculpture proprement dite qu’à partir de Pierre Ier. Au début elle est à l’école de la France et de l’Italie : statue de l’impératrice Anna Ivanovna et statue équestre de Pierre le Grand (1744), par B.C. Rastelli ; statue équestre de Pierre le Grand, par Falconet (1766-1779). Puis elle produit des artistes nationaux : bustes de Catherine II et du prince Potemkine (1791), par Choubine (1740-1805). De la même époque sont Kozlowski, Prokofiev et Martos (monument de Minime et Pojarski, 1804). Les caryatides du palais de l’amirauté, par S.F. Chtchedrine (1812), sont encore néo-classiques, mais un art inspiré par l’histoire nationale apparaît ( le Scaevola russe, par Demont-Malinovski). De la fin du XIXe siècle datent : Ivan le terrible, par Antokolski (1871) ; le monument de Catherine II à Saint-Pétersbourg, par Mikechine ; la statue équestre d’Alexandre III, par le prince Troubetskoï (1866-1938).

Sculpture Caterine IILa sculpture étant restée le complément nécessaire de l’architecture en U.R.S.S., les sculpteurs ont bénéficié d’un grand nombre de commandes. Néanmoins, les sujets imposés sont si particuliers que cet art ne ressemble guère à ce qu’il est dans le reste du monde. Un thème comme la mer, essentiel en Occident depuis vingt-cinq siècles, est évité. Les paysans, les ouvriers, les orateurs en bronze et en pierre constituent des documents dont les qualités d’éxécution correspondent à des critères que l’on apparentes à ceux de l’académisme français à la fin du siècle dernier. S.T. Konenkov, Vera Moukhina (1889-1953), Evguenii Voutchetitch, Belachova (buste de Pouchkine) ont été parmi les sculpteurs les plus appréciés en U.R.S.S.

Sculpture Moukhina· Peinture. Au cours des premiers siècles, la peinture est représentée par la fresque et l’icône : jusqu’au XVIIe siècle, elle est exclusivement religieuse et traditionnelle. A l’origine,  on trouve les mosaïques de Kiev (XIe et XIIe siècles), dues à des artistes byzantins : Sainte-Sophie (1037) ; couvent Saint-Michel. Dès ce moment, la fresque apparaît à Kiev et à Vladimir, mais elle se développe surtout au XIVe siècle à Novgorod et à Moscou. Théophane le Grec, d’origine byzantine, exécute alors d’importants travaux dans ces deux villes : cathédrale de la Transfiguration à Novgorod (1378). Plus tard, vers 1500, un autre Grec, Dionysos, décore à fresques l’église du couvent de Thérapon, sur le lac Blanc. Mais le plus éminent fut le russe Andreï Roubliov (v. 1360-1430), qui peint la fresque du jugement dernier à la Dormination de Vladimir (1408). C’est lui qui donne son plus haut développement à la peinture des icônes. Celles-ci, débarrassées de la fumée des cierges et restaurée, ont révélé des tons très raffinés et une étonnante puissance d’expression. Le chef-d’œuvre est sans doute l’icône de la trinité peint par Roubliov (couvent de la Trinité-Sainte-Vierge, près de Moscou), d’une simplicité et d’une grandeur monumentales. Les icônes de l’école de Novgorod, plus compliquées, se signalent par la richesse de leurs couleurs. Au XVIe siècle, les icônes de l’école Stroganov, ainsi nommée d’après une famille de mécènes, tendent vers un art aristocratique, raffiné, précieux. La réaction traditionaliste s’affirme en 1551 par la décision du concile des Cent Chapitres et le retour aux sources. Au XVIIe siècle, Moscou connaît encore un peintre d’icônes fameux, Semion Ouchakov (1626-1686), mais son art éclectique, douceâtre, annonce la décadence (iconostase de l’église de la Vierge-de-Géorgie, à Moscou).

Peinture RoublevAu XVIIIe siècle, la rupture est totale et la peinture s’occidentalise avec la fondation, en 1757, de l’Académie des beaux-arts, où enseignent des professeurs français, tels Lagrenée et Doyen. D’autres compatriotes viennent les rejoindre, comme Tocqué, Roslin et, plus tard, Mme Vignée-Lebrun. Catherine II collectionne les peintures de Greuze, Vernet, Hubert Robert. Les palais sont décorés à l’européenne, mais les peintres les plus intéressants sont les peintres de portraits : Levitski ( Portrait de Diderot, 1773) ; Borovikovski (portrait de la princesse Souvorof, 1795). Il y a aussi un bon paysagiste, Alexeîev (1753-1824).

Au XIXe siècle, la peinture, se mettant à l’école de l’académisme occidental, devient réaliste, mais sa qualité reste discutable. Brioullov compose une toile gigantesque, les derniers jours de Pompéi ; Ivanov, l’Apparition du Christ au peuple (1833-1855). Plus intéressante est la peinture de genre avec Fedotov et Venetsianov. Dans la seconde moitié du siècle, les peintres des sujets historiques et sociaux, Répine (1844-1930), Sourikov, Verchtchagine, obtiennent des succès retentissants. En 1899, la revue Mir Iskousstva (« Monde de l’art »), fondée par Alexandre Benois (1870-1960) et Serge de Diaghilev, substitue à l’idéal slavophile un idéal cosmopolite, et oppose à l’art social «  l’Art pour l’Art ». Les représentants de cette tendance sont le portraitiste Serov (1865-1911), le peintre fantastique Vroubel’ (1856-1910), Le paysagiste Levitane (l’automne doré), puis des décorateurs et illustrateurs, dont les plus notoires sont Alexandre Benois et Léon Bakst (1866-1924) qui font triompher l’esthétique du ballet russe à travers l’Europe.

Peinture Levitan

A Moscou, en 1907, l’exposition « Stephanos » marque le point de départ d’un remarquable bouillonnement de l’art russe, qui durera vingt-cinq années. Y participent Larionov, Gontcharova, les frères Bourliouk, Survage, Iakoulov, etc., qui, dans un premier temps, prennent la tradition populaire comme source de leur peinture. En 1910, l’exposition « le Valet de carreau » confronte un cézannismerusse (Aristarkh Lentoulov, 1882-1943), le néoprimitivisme de Larionov, Gontcharova, Malevitch et l’expressionisme symboliste des «  munichois » Kandinsky et Jawlensky. A Saint-Pétersbourg se crée « l’Union de la jeunesse » (1910-1914), creuset du futurisme russe ou « avenirisme »(spectacles divers, peinture « cubo-futuriste » de Malevitch et de Tatline). L’abstraction, inaugurée en 1910 par Kandinsky, culmine avec le suprématisme de Malevitch (1915) et les « contre-reliefs » de Tatline (1914-1915), qui préludent au constructivisme.

La révolution de 1917 ne voit pas l’éclosion de nouveaux courants esthétiques, constructivisme et suprématisme restant les deux principaux, mais elle suscite un climat extraordinaire de création, soutenu par l’ouverture d’ateliers d’art et de centres d’études ( Vkhoutemas, Inkhouk). Le début des années 20 voit s’opposer « constructivistes productivistes » (Tatline, Rodtchenko, etc.) et peintres spiritualistes (Kandinsky, Malevitch, Lissitzky, Pevsner…), dans une fièvre d’expérimentation que ne diminuera pas tout de suite le départ pour l’étranger d’artistes comme Kandinsky, Pevsner et Gabo, Chagall. Mais à partir de 1932 est définie la norme du réalisme socialiste, opposée aux tendances formaliste qualifiées de bourgeoises, norme qu’imposera la toute-puissante Union des artistes de l’U.R.S.S. Pendant les années 30 et 40, c’est le règne de la médiocrité bien-pensante (Issaak Brodski [1883-1939], Aleksandr Guerassimov [1885-1964], etc.). Vers la fin des années 50 s’est cependant fait jour un effort pour assouplir thèmes de l’art prolétarien, voire pour s’en affranchir. Enfin, à partir des années 60 s’est révélé tout un art dissident, « non conformiste » (les peintres Maria Gortchilina, Vladimir Iankilevski, ilia Kabakov…), dont beaucoup de représentants ont émigré à l’étranger (le sculpteur Ernst Neizvestny, les peintres Oskar Rabine, Mikhaïl Chemiakine, etc.).

ART DECORATIF PALEKH· Arts décoratifs. Du XIe au XVIe siècle, à Kiev, Vladimir, Novgorod, l’art russe a toutes les apparences d’un art provincial byzantin (belles mosaïques), soumis à quelques influences arméniennes et géorgiennes. A partir du XVIe siècle, Moscou devient le centre artistique prépondérant, les influences occidentales sont assimilées. Un art aristocratique ou officiel d’inspiration européenne se développe à la cour impériale et dans les grandes villes à partir du XVIIIe siècle, tandis que l’art populaire demeure fidèle à ses traditions séculaires (art du bois notamment : décor des isbas, meubles, objets usuels, jouets).

Dans l’orfèvrerie et la bijouterie, un décor exubérant de rinceaux, un filigrane cordé d’or ou d’argent, des incrustations de pierres précieuses et d’émaux caractérisent la période byzantine ; des nimbes à grosses perles et de larges colliers sont le triomphe de la période moscovite, également remarquable dans la couverture d’Evangiles et les encadrements d’icônes. La céramique, au Moyen Age, fournit surtout des carreaux de revêtements et de la poterie d’usage ; une magnifique céramique ornementale se développe au XVIIe siècle (ancien monastère de Kroutitski, église de Iaroslavl’). A partir de la seconde moitié du XVIIIe siècle, la manufacture impériale de Saint-Pétersbourg, notamment, illustre l’art de la porcelaine.

Dans les arts du tissu, les voiles liturgiques des XVIe et XVIIe siècles sont des chefs-d’œuvre de composition, de stylisation harmonieuse et délicate ; au XVe siècle, il exista une école de brodeurs, dont les inventions décoratives exercèrent une profonde influence sur l’évolution de la mosaïque, de la fresque et de la sculpture. Citons encore les bois laqués de Palekh, les tapisseries ukrainiennes, la joaillerie des Tatars de Kazan’ et de Crimée, les objets en os de mammouth, etc.Haut de page




 
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